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Les images numériques d’Isabelle Hayeur auscultent les transformations du paysage. Hayeur porte tout particulièrement son attention sur des zones où règne un certain désordre, où se jouent encore les enjeux d’une transformation par les mains de l’homme ou d’une reprise du terrain par la nature : périphéries urbaines en développement, terrains vagues, territoires industriels abandonnés ou zones naturelles en exploitation. Elles activent ces enjeux par le biais de la simulation : une carrière abandonnée qui devient un lac, les traces de véhicules lourds ensevelies, la nature bouleversée par les excavations et les remblais sont autant de devenirs de ces non-lieux. Ces « paysages incertains », en partie factices parce que recréés à partir de différentes sources, sont pourtant trop réels. En eux se condense, d’une façon toute nuancée, notre relation à la nature. Avec la largeur et la profondeur de leurs plans, leur lumière particulière (d’un gris égal jusqu’à une luminosité sourde), ces photographies magnifient ces lieux, comme pour faire écho à la gravité de ces questions. Elles comportent leur part de sublime – un sublime qui serait en quelque sorte refroidi, parce que « l’irreprésentable » est en quelque sorte devenu beaucoup trop palpable.

Isabelle Hayeur’s digital images probe the transformations of the landscape. Hayeur pays particular attention to the zones where a certain disorder rules, where the stakes of a transformation by human hands or a repossession of a space by nature are still in play: urban peripheries in development, empty lots, abandoned industrial areas, and exploited natural zones. They activate these stakes through simulation: an abandoned quarry that becomes a lake, the buried traces of heavy vehicles, nature in upheaval due to excavations and embankments are the fates of these non-places. These “uncertain landscapes,” somewhat contrived because re-created from different sources, are nevertheless all too real. In them is condensed, in a subtle way, our relationship with nature. With the width and depth of the shots and their particular light (from a flat grey to a dull luminosity), the photographs magnify these sites, as if to echo the seriousness of the questions. They bring their share of the sublime – a sublime that is rather cool because the “unrepresentable” has somehow become much too palpable.



Jacques Doyon (CV Photo No. 57, 2001) "Un paysage construit - A constructed landscape"